L’ENFANT INSTRUMENTALISÉ

Comment se penser soi-même sans avoir en tête une idée de ce que pourrait être un père, une mère ou si une de ces images est disqualifiée, mise entre parenthèses, ou détruites : c’est la notion de « parent », en tant que protecteur, qui disparaît, et la sensation de sécurité ; l’idée même d’un modèle à qui l’enfant voudrait ressembler s’effondre ; tout cela vient mettre en danger la construction de l’appareil psychique de l’enfant, invalide son identité, et pèse sur son futur.

Alain Rouby, psychologue clinicien

Instrumentaliser : se servir d’une personne comme d’un instrument pour parvenir à ses fins et mener à bien un projet.

La personne instrumentalisée devient un objet. Elle est réifiée. Sa perception, sa réflexion, son individualité son niées. Elles ne doivent pas s’exprimer car elles peuvent nuire à celui ou celle qui instrumentalise et contrecarrer ses projets ou les empêcher. Il y a donc une volonté concrète et mise en œuvre pour faire disparaître tout caractère propre chez celui ou celle qui devient un objet.

La réification est un concept désignant un processus cognitif et comportemental selon lequel un être humain (en l’espèce, lorsque nous parlons d’instrumentalisation) est perçu et traité comme une chose au point d’en venir à se considérer comme une « chose » lui-même.

Pourquoi instrumentaliser ?

Pour combler un manque, un vide ou une incapacité. Schématiquement, on dira que le parent toxique, qui va instrumentaliser son enfant, n’existe pas en tant que tel. Son développement affectif, sa maturation émotionnelle, s’est stoppée vers l’âge de 6 ou 7 ans. À cela il peut exister de nombreuses raisons.

Or à cet âge, le monde semble encore très manichéen. Les objets nous appartiennent, ou non. On peut leur donner un sens, les désirer, les animer, les abîmer sans culpabilité ou les abandonner. Le sentiment d’être puissant est important. La notion de « l’autre » commence à peine à se développer, les relations nourries d’altérité sont à leur commencement – l’autre est souvent, encore, un prolongement de soi. Les émotions sont en construction et l’apprentissage de la réalité débute.

Plus prosaïquement, on dira qu’il y a les bons et les méchants.

C’est globalement à ce stade que s’arrête le développement émotionnel du (futur) parent toxique. Et il va agir en fonction, en grandissant.

Je reçois = l’autre est gentil => je fais en sorte que l’autre continue de l’être
Je ne reçois pas (ou plus) = l’autre est méchant => je fais disparaître l’autre et je me venge car il m’a fait mal

ASPECT PSYCHOLOGIQUE

L’instrumentalisation se met en place dès le début de la relation et parfois même avant.

Dans un couple, l’idée non explicite de cette instrumentalisation apparaît avant même que la personne toxique n’ait trouvé sa proie. La toxicité génère le besoin vital de l’autre qui va apporter à l’auteur des violences ce qu’il lui manque (empathie, sociabilité, générosité…).

La joie de leurs enfants, le lien avec l’autre parent leur est insupportable. La personne toxique va alors chercher à le nier et le détruire. Par ses messages, elle va mettre à mal ce que le parent bienveillant met en place. Par son comportement, elle va faire en sorte que le parent bienveillant et l’enfant n’aient plus de relations, plus de contacts.

La manipulation peut passer par la violence. Elle laisse des traces. L’enfant, qu’il soit maltraité physiquement ou psychologiquement, conserve cette blessure. Et même si c’est des années après, il est capable de la conscientiser. Il peut alors reprocher à l’autre parent de ne pas l’avoir protégé (encore faut-il que l’autre parent ait eu les moyens de le faire), mais il est également conscient de la violence subie et de ce qu’elle avait d’inique.

Ce que le toxique ne supporte pas est la perte de sa suprématie. Enfant immature, il veut à tout prix conserver cette place auprès de son conjoint ou de sa compagne. L’enfant devient alors un rival puisqu’il nécessite attention, soins, amour, temps… qui ne sont plus exclusivement réservés à son parent toxique.

La manipulation passe aussi par la douceur, la gentillesse, la présence… Bien sûr, tout est faux. Et une fois décortiqués les comportements du parent manipulateur, il est évident que celui-ci ne se sert que de promesses (qu’il ne tient pas), d’envies qu’il fait naître et utilise comme une carotte, et d’argent. Pour ne pas tenir ses promesses, il aura toujours une bonne raison. Le plus souvent, il commencera par culpabiliser l’autre parent aux yeux de son enfant. Celui-ci va se retrouver dans une attente qui ne peut être comblée et dans la colère et la tristesse, croyant fermement que la promesse ait empêchée par un comportement « méchant » du parent … bienveillant.

©Patrick Joust

Dans l’esprit de cet enfant, tout s’inverse.

Il ne sait alors plus en qui il peut faire confiance. Il va même jusqu’à ressentir de l’abandon, puisque la promesse n’est pas tenue par la faute d’un de ses parents qui, forcément, ne doit pas l’aimer, puisqu’il empêche.

Quant à l’argent, arme toute puissante, cela ne signifie pas que le parent maltraitant est forcément riche. Mais il va acheter consciemment son enfant, quitte à lui offrir ce qui est interdit par l’autre parent.

Avant la séparation, une des conséquences – qui va perdurer longtemps même après la séparation, est la place que l’enfant va peu à peu prendre, c’est-à-dire à combler le manque créé par son parent défaillant. Il devient alors grand frère ou grande sœur trop parental avec la fratrie, confident du parent bienveillant, soutien…

Le paradoxe : entre le dit et l’agit.

De nombreux parents maltraitants adoptent avec leurs enfants un comportement paradoxal : ils vont répéter sans cesse qu’ils aiment leurs enfants, ils vont leur dire, ils vont avoir des gestes qui semblent être des marques d’affection ou d’amour. Dans le même temps, ils vont menacer, crier, punir, hurler, frapper, critiquer, juger…

L’enfant en quête de reconnaissance va imaginer que les marques d’amour sont bien réelles, et va pardonner au parent maltraitant. Il va lui trouver des raisons à ses comportements. Et souvent ces raisons seront même renforcées et développées par le parent bienveillant : « Tu sais comme est ton père, mais il t’aime… Tu connais ta mère, elle s’emporte mais elle veut ton bien… ». En effet ce dernier ne veut pas conforter son enfant dans sa souffrance et, croyant bien faire, va tenter d’atténuer la violence vécue et faire croire que ce n’est que maladresse ou énervement passager de la part du parent défaillant.

Et ce comportement peut durer longtemps, bien après la séparation. Le parent bienveillant, victime, a tellement pris l’habitude de protéger son conjoint, pour le bien de l’enfant, et pour ne pas affronter une colère, qu’il continue d’agir de la sorte.

Le chantage est une des armes favorites du parent toxique, la culpabilisation, les « après tout ce que j’ai fait pour toi » sont autant de façons d’enchaîner. Le parent manipulateur passe du rire aux larmes très facilement. Il les utilise pour sensibiliser, toucher, rallier à sa cause. L’enfant, ne peut s’empêcher d’être touché. Il croit devoir consoler son parent. Il fait des efforts pour ne pas déranger et pour satisfaire. Il cherche à correspondre à ce qu’il pense être une attente de son parent et culpabilise de ne pas être à la hauteur.
Le parent peut aussi parler de son enfant comme étant la prunelle de ses yeux et le jour d’après prétendre que vous n’êtes plus son enfant parce que vous avez osé lui tenir tête ou fait quelque chose qui ne sert pas ses intérêts.

Tout est paradoxal et ambivalent. Tantôt il aime, tantôt il traite d’incapable, parfois de manière très subtile.

Il a aussi l’art de critiquer l’entourage, personne, ou presque, ne trouvant grâce à ses yeux. En fait, tous ceux qui pourraient réveiller et permettre de voir clair dans son jeu sont une menace pour lui et son objectif est donc d’isoler.
Il ne complimente pas, ou en laissant toujours planer le doute sur la véracité du compliment.
Il gémit pour contraindre, supplie pour obliger.

Il se positionne en victime, agit en bourreau, et passe pour un sauveur aux yeux des tiers. Il est à lui seul une triangulation psychique, entrainant son enfant dans cette triangulation. Il y a alors perte complète de repères, confusion, développement de mécanismes de défense, interdisant à l’enfant de se détacher et de développer une personnalité propre. Il va alors construire un faux self nécessaire pour être au plus près de ce que son parent attend de lui… sans jamais y arriver.

ASPECT JURIDIQUE

« Si tu veux être aimé de moi, tu dois détester ton autre parent »

Message implicite : tu ne peux aimer que moi.

Chantage : sinon, tu n’auras pas mon amour

Mensonge : je suis incapable de t’aimer mais je te le fais croire

Danger : perte de l’autre parent et de sa protection

Difficile de distinguer l’aspect juridique de l’aspect psychologique. C’est souvent lorsque le juridique devient concret que l’instrumentalisation psychologique de l’enfant semble tangible. Les procédures peuvent même renforcer la volonté d’instrumentaliser l’enfant qui est alors tant un enjeu qu’une arme.

Faire participer l’enfant au quotidien de la procédure de séparation ou de divorce en lui faisant tout lire, dénigrer son autre parent et sa famille, l’interroger avec insistance sur la vie de l’autre, ses biens, ses amis, son quotidien…

Tout cela est de la maltraitance. L’enfant aime ses deux parents et sent intuitivement que celui qui agit ainsi souffre (ou semble souffrir). Il le protège, l’écoute et le croit parfois. Parce qu’il est un enfant, il n’a pas la même capacité de retrait qu’un adulte, parce que ce sont ses parents, il n’a pas la possibilité de voir les choses avec objectivité.

Les enfants prennent le plus souvent le parti de celui qui, selon eux, souffre le plus ou est en position de faiblesse. Les adultes qui instrumentalisent ainsi leurs enfants se rendent coupable d’une maltraitance qui peut entrainer pour l’enfant des séquelles psychologiques parfois graves.

LES CONSÉQUENCES

a) Le déni parental

Pourquoi parler de déni parental, ou d’exclusion parentale ?
À lire la presse, les syndromes se multiplient. Les informations, et contre-informations tout autant. Les causes, raisons, explications des maltraitances subies par des enfants sont multiples. Le besoin de comprendre fait stigmatiser – et qualifier – certains comportements. Les thèses fournies sont étudiées, reprises puis pour certaines contredites. Au risque de s’y perdre. Au risque d’oublier ce qui devrait rester le souci majeur : l’intérêt supérieur de l’enfant, pourtant si souvent évoqué, pour ne pas dire revendiqué, devant les JAF. « Madame X, monsieur Y, demande cela dans l’intérêt de l’enfant…  Soucieux(se) de son bon développement, il(elle) regrette de devoir se présenter devant la cour pour obtenir un droit et la défense de son enfant.»


Il en est ainsi, entre autres, du syndrome d’aliénation parentale, qui devient un enjeu théorique : existe-t-il ou non ? Est-il né d’un cerveau qui voulait se disculper de ses propres pensées et agissements ? Est-il présent plutôt chez les pères, ou chez les mères ? Certains en font un cheval de bataille, d’autres le réfutent totalement.

Loin de ces clivages théoriques, qui semblent oublier l’enfant et sa souffrance, je parle de déni parental, ou d’exclusion parentale ; à savoir tout comportement de l’un des deux parents tendant à exclure partiellement ou totalement de la vie de l’enfant l’autre parent, en niant l’existence de l’autorité parentale conjointe tout autant que celle des devoirs issus du rôle de parent, et des droits des enfants à conserver, au-delà d’un conflit d’adultes, des liens avec chacun de ses deux parents.[1]

Le déni parental peut est observé sous trois angles.


D’une part, il est le déni de ses propres responsabilités en tant que parent lorsque l’on est un parent toxique, agissant en manipulateur – destructeur tout en faisant en sorte que l’entourage soit convaincu d’avoir affaire à un bon père ou une bonne mère.
Or, la manipulation entraine maltraitance, rejet de l’enfant, dénigrement, empêchement d’une construction autonome, libre, et consciente… La manipulation peut prendre pour forme de « parentaliser » l’enfant, retirant à ses parents l’autorité naturelle et bienveillante que celui-ci doit avoir sur l’enfant, celle qui permet de se construire autour de valeurs et avec des limites normales de protection. Ainsi l’enfant qui devient le confident, l’alter ego de son parent, ainsi également de l’enfant dont la présence est réclamée comme nécessaire à un équilibre « Je suis si  triste  sans  toi, j’ai besoin que tu sois là pour aller bien, tu manques à papa, à maman… », ainsi encore de celui qui est choisi comme allié contre l’autre parent « Tu préfères ton père ou ta mère ? Si ton père avait fait autrement, s’il était moins! méchant… Si ta mère était moins bête… Ce n’est pas ce que je voulais, ne m’en veux pas… Pardon de t’avoir donné un tel père, une telle mère »

C’est aussi le déni de l’autre parent, de son rôle, de ses facultés éducatives, du lien à maintenir avec le (les) enfant(s) qui constitue la potentialité d’un danger dans l’évolution de cette relation. L’interdiction de communiquer, l’empêchement à téléphoner, le refus d’informer sur un lieu de vacances, sur une inscription dans une école, sur une situation médicale sont des comportements niant l’existence de l’autre parent en tant que parent.De même de ces parents qui, une fois qu’ils ont refait leur vie, confie à leur nouveau conjoint(e) un rôle d’éducateur auprès de leurs enfants, les investissant totalement dans le quotidien des enfants, permettant à l’enfant de croire que l’autre parent n’a plus sa place, ou ne veut pas de cette place… Que, en définitive, l’autre parent le rejette. Ainsi de cet enfant qui dit à sa mère, décrivant son week-end chez son père « Avec les parents on est allé à la campagne. » ; ainsi encore de cet autre enfant qui confond les parents de sa belle-mère avec ses grands-parents, puisqu’on lui a appris que dorénavant, ce serait ses grands-parents. Le cadre familial, déjà disloqué, explose un peu plus ; l’image de la famille n’existe plus. Les rôles se mélangent. L’enfant ne sait plus quelle est sa place, et n’arrive pas à donner une place à chacun.

Enfin, et conséquence des deux premiers points, le déni parental peut venir de l’enfant manipulé qui rejette voire exclut de sa vie un de ses parents… en l’espèce le parent protecteur. L’enfant croyant le manipulateur agit sans conscience mais en repoussant l’aide et la protection offertes par le parent autrefois sous emprise. Chosifié par le parent manipulateur, il devient alors complice sans le vouloir de la destruction entreprise contre le parent protecteur. Il agit sans capacité de recul et de réflexion, soumis et contraint, sans distanciation possible.

Dans le cas du déni parental, l’enfant est instrumentalisé par l’un des deux parents qui mettra en action toute une série de comportements, d’agissements et de  manipulations de pensée proches du lavage de cerveau afin de conduire l’enfant à ne plus voir l’autre parent, à ne plus vouloir le voir, à ne pas communiquer avec lui. Cela peut aller de  la part de l’enfant jusqu’au rejet–manipulé–du parent choisi comme cible.

Bien plus terrifiante que la souffrance de l’autre parent, qui cherche tant à se protéger qu’à pouvoir protéger son enfant, est celle de l’enfant lui-même. Contraint de critiquer, de repousser voir de nier une part de lui-même, il est amené à désavouer cette part de lui. Car, quelqu’ils soient, il y a bien et toujours deux parents ; et l’enfant sait instinctivement qu’étant le fruit de ces deux parents, il y a forcément en lui une part de chacun d’eux.

Il faut également prendre en compte le comportement du parent victime, aveuglé par sa culpabilité. Ce parent a reçu de la personnalité toxique un enseignement : il porte une faute, il est coupable. Cette faute lui appartient, à lui et non à ses enfants. La victime est prise dans un paradoxe : elle «sait» qu’elle est fautive, tout en étant convaincue – à raison sans  pouvoir argumenter ou se justifier –que c’est faux. Mais, même si elle rejette une partie du discours de la personnalité toxique, la victime pense que ce qu’elle a subit est dû à ce qu’elle-même est. Elle peut être alors dans la renonciation, le refus d’accepter qu’elle puisse être fragile sans être coupable.

Lors de la séparation, son raisonnement est encore faussé. Elle sait, ou tout du moins sent, que la personnalité toxique ne cessera pas ses agissements destructeurs avec elle, mais elle pense mettre les enfants à l’abri de situations conflictuelles. Elle se refuse à voir que la personnalité toxique peut poursuivre ses agissements au travers des enfants, les prenant à la fois comme réceptacle de sa toxicité et bras armés de sa destruction.

On entend alors des phrases comme : «C’est son enfant, il (elle) ne lui fera pas de mal… C’est un bon père (une bonne mère) tout de même, et il (elle) aime ses enfants», «C’est à moi qu’il (elle) en veut, mais je ne m’inquiète pas du tout pour les enfants».

b) Le conflit de loyauté

C’est un conflit intra-psychique né de l’impossibilité de choisir entre deux situations possibles, ce choix concernant le plus souvent les sentiments ou ce que  nous croyons en être, envers des personnes qui nous sont chères.

Le conflit de loyauté pourrait se définir ainsi : Si je choisis X, cela signifie que je rejette Y. Et inversement, si je choisis Y, cela signifie que je rejette X. Mais comme cela est insupportable, je ne peux choisir. Sinon au prix d’une éventuelle culpabilité. !

L’enfant va alors entrer dans un schéma paradoxal. Il va vouloir se protéger et protéger dans le même temps ses deux parents. Ce qu’il va vivre chez l’un, il le taira chez l’autre, non pour faire des secrets, mais en pensant éviter à ses parents des souffrances supplémentaires. Il va apprendre à se taire. Ce n’est pas une volonté de dissimulation, c’est une nécessité de se créer une bulle qu’il pense infaillible, dans laquelle ses parents n’entrent pas et à l’intérieur de laquelle rien ne pourrait l’atteindre.

Dans le cadre des procédures de divorce particulièrement conflictuelles, où les parents divorcés ne parviennent plus à communiquer, les enfants peuvent devenir des victimes de ce conflit parental qui peut être qualifié de maltraitance psychologique. Les parents désormais aveuglés par leur propre conflit, par leur propre souffrance qu’ils ne parviennent plus à maîtriser, ne sont plus en capacité de prendre la mesure de l’impact psychologique de leurs comportements sur leurs enfants. Ils n’en n’ont souvent pas directement conscients.

Il a été démontré que ce «conflit de loyauté» dans lequel est durablement plongé l’enfant est très destructeur pour la construction de la personnalité future de l’enfant. Pour l’enfant, ce conflit intra-psychique naît de la profonde impossibilité de choisir entre le père et la mère. C’est un trouble majeur auquel se trouvent confrontés de nombreux enfants de parents divorcés et qui doivent constamment composer entre les désirs des parents souvent contradictoires, et entre les obligations et interdictions diverses de ces deux parents qui ne parviennent plus à s’entendre.

Ce conflit parental est une forme de violence psychologique, et devient destructeur par la répétitivité des messages contradictoires que peut recevoir  l’enfant de la part de ces deux parents.

L’enfant placé au cœur de ce conflit est bien la victime directe d’un abus de pouvoir et de contrôle des parents et c’est effectivement le caractère répété et durable qui cause préjudice à l’enfant victime. Les enfants placés contre leur volonté au centre de ce conflit majeur, qui se perpétue et qui peut devenir de plus en plus prégnant, en ressentent alors une profonde détresse. Les enfants confrontés à ces dissensions sont bien souvent démunis et isolés. Ils ne parviennent pas à se protéger et manifestent alors leur désarroi par des actes de violences.

Ces contradictions dans ce qu’exprime l’enfant soulignent le profond conflit psychique qui peut l’agiter.

CONSÉQUENCES SUR LES ENFANTS

Attention : cette note est destinée à informer. Il y est signalé les conséquences possibles de ces souffrances pour les enfants, de la maltraitance qu’ils subissent. Ce n’est pas pour autant que ces conséquences se produisent systématiquement. Ce sont des conséquences possibles, à ne pas ignorer ni à négliger. Mais qu’il ne faut pas non plus les « guetter » comme devant forcément se produire : il n’existe pas de déterminisme.

Et dans le même ordre d’idées, certains comportements de l’adolescent peuvent être liés à d’autres causes que la maltraitance psychologique. Il est donc nécessaire de REGARDER son enfant en essayant d’éviter toute déduction ou tout transfert (mon fils ne travaille plus en classe parce qu’il cherche à tout prix à attirer le regard de son père… ma fille se maquille beaucoup trop et essaie d’obéir inconsciemment à l’image que lui renvoie son père par ses propos dénigrants … ma fille passe son temps à essayer d’aider les autres parce qu’elle veut réparer ce que sa mère lui fait…)

  • troubles scolaires, alimentaires, du comportement ; troubles du sommeil, encoprésie, énurésie
  • agitation, problème de concentration, anxiété
  • isolement, repli sur soi, agressivité tournée vers lui-même ou vers les autres, phobies, apathie, extrême docilité (il peut être jugé paradoxal d’indiquer dans le même point l’agressivité et la docilité ; il s’agit d’en tenir compte lorsqu’elles sont extrêmes. Un enfant bagarreur dans la cour de récré n’est pas forcément un enfant maltraité. Il faut observer d’autres signes. L’agressivité la plus dangereuse est celle que l’enfant va retourner contre lui, et même tournée vers les autres, elle peut en fait être inconsciemment contre lui, avec ce désir inexprimé d’être vu, entendu, ou en étant alarmiste… de vouloir supprimer son existence jugée coupable et injuste. Cette agressivité, encore une fois cumulée avec d’autres comportements, est à prendre très au sérieux puisqu’elle peut être le premier passage à l’acte avant la tentative de suicide)
  • peur induite par la manipulation. L’enfant est contraint de se soumettre à l’adulte ; il est victime, par introjection, du sentiment de culpabilité, de colère, d’angoisse, de cet adulte. L’enfant soumis à la peur se retrouve à la fois victime et coupable
  • comportements dangereux (mutilation, fugue, consommation d’alcool, de stupéfiants avec passages à l’acte)
  • mise à l’écart temporaire ou définitive du parent bienveillant ; agressivité retournée contre celui-ci
  • dépendance affective qui se développera à l’âge adulte : peur d’être seul(e), d’être abandonné(e), peur de ne pas « être à la hauteur » de l’amour reçu, dépendance extrême à l’autre, jalousie, relations affectives et amoureuses instables, comportement intrusif
  • troubles obsessionnels compulsifs
  • clivage (défense psychique  impliquant un partage entre une partie de soi blessée, et une part intacte) conduisant au mutisme. Le clivage permet à la fois de contenir des émotions afin de ne pas être submergé, et d’aller jusqu’à oublier ces émotions.
  • mimétisme et reproduction du comportement toxique) ; ce mimétisme peut être du en partie à une altération de la volonté qui survient sur le coup du choc émotionnel. Ceci est comparable à un effet de suggestion ou d’hypnose – il est d’ailleurs à noter que lors des groupes, les parents parlent fréquemment de « lavage de cerveau ». Le comportement révèle une peur honteuse, faite de soumission à celui ou celle qui pourrait être appelé(e) « geôlier ».
  • rejet partiel ou total du parent protecteur, dénigrement, diffamation
  • tentative de suicide

[1] On peut prendre comme exemples de ces comportements : la non information de choix médicaux, ou de traitements médicaux ; la non information du choix d’un établissement scolaire ; le refus de laisser son enfant communiquer avec l’autre parent ; le refus de laisser l’autre parent parler à son enfant lorsqu’il n’est pas en sa présence, lorsque ce n’est pas son «tour» d’hébergement et de droit de visite ; le défaut d’information du lieu de résidence des enfants pendant les périodes de vacances ; le chantage et la pression exercés sur l’enfant pour s’attirer son «amour» tout en dénigrant l’autre parent ; la victimisation, en accusant l’autre parent d’être responsable de toutes les souffrances endurées tant par la famille  dans son ensemble que par chacun de ses membres ; les mensonges tendant à discréditer l’autre parent aux yeux de l’enfant… Les exemples sont multiples. On peut considérer que toute parole, tout acte, tout geste ayant pour objectif de dénigrer l’autre parent, de le tenir à l’écart, de freiner ou stopper la communication et le partage d’informations légitimes, d’éloigner l’enfant d’un des deux parents, voir de rejeter ce parent, sont à rattacher au déni parental.

Une réflexion sur “L’ENFANT INSTRUMENTALISÉ

  1. Merci pour cet article. Je ne vois plus mon fils de 16 ans depuis 1 an 1/2. Malgré les sms que le parent aliénant (aidé d’une belle-mère tout aussi toxique) lui envoyait : mets la pression à ta mère mon fils, coûte lui cher, mange toute la journée (il était alors en surpoids), mets ton réveil à sonner à 5h le matin….rien…L ASE incompétente pour repérer les manipulateurs, a considéré que ces sms de 2016 étaient trop anciens, comme l’enregistrement de mon fils qui dit que son père, le gifle, l’insulte, le rabaisse, le menace, me menace, malgré mes plaintes, Itt, attestations de la médecine légale, SOS Femmes, témoignage des profs…rien.
    Rien malgré les sms que mon fils recevait : « tu m’enfonces un couteau dans le dos, je t’aime mon fils, ça va être dur pour moi si tu vas chez ta mère c’est comme ça, je t aime… » Ce père qui me fait passer pour suicidaire alors qu il n’en est rien, ce père qui, un matin, appelle le collège disant qu’il est inquiet car, sa mère demande à l enfant d emmener un couteau dans son cartable ! Inimaginable, je n arrive pas à concevoir que quelqu’un puisse être a ce point destructeur.
    Et moi, maman bienveillante je suis considérée comme la mère toxique, trop inquiète, qui n arrive pas à s extraire du passé avec le père (je dois rire ou pleurer ?), la mère qui transmet ses peurs à son fils !!!! Alors que je l ai protégé justement en ne disant jamais de mal de son père.
    L’alienation parentale a vite évolué en deni parental….10 ans de combat, car oui c’est une vraie guerre qu’on livre face au parent malveillant, face à la justice sourde, aveugle, pour protéger nos enfants, mais qui inexorablement nous vide d’énergie, nous enlève nos enfants, mon enfant encore si affectueux avant l’alienation, en nous éloignant de nos enfants instrumentalisés. Le jour vient où l enfant vous rejette pour des raisons créées de toutes pièces, des mensonges, des aberrations. Votre article, représente 100 % de mon vécu et surtout celui de mon fils. Ces personnes, pères ou mères qui agissent dans le seul but d’obtenir par ce processus infâme, la toute puissance sont monstrueuses. J ai absolument tout fait pour protéger mon fils mais je ne fais pas le poids face au mensonge, à la manipulation, l alienation parentale. Merci encore Anne-Laure Buffet pour vos conférences, vos articles si précieux et vos partages d’expériences. Mon fils me manque, cette douleur qui ne me quitte pas…

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