Après le ressentiment

La vie est une aveugle qui tient l’homme en laisse
Georges Perros

Mardi 8 juin, une rencontre organisée par Jeanne Orient pour ses ©Fil de MémoireS se tenait à la librairie Gallimard, boulevard Raspail.
Cette rencontre réunissait Cynthia Fleury, Virginie Megglé, Lise Marzouk et Anne-Laure Buffet.


Peut-être que le ressentiment, c’est la vie tenue en laisse. Et tout cet emprisonnement, volontaire parfois, de la vie tenue en laisse…on peut se mettre à aimer la laisse…la zone de confort du ressentiment, de sa sublimation, la sublimation de la laisse…
Ce qui les lie les quatre invitées de cette rencontre n’est pas seulement le constat du ressentiment, mais aussi l’après ressentiment. C’est le soin, la cure, le care…
Ce qui les lie est la nécessité presque existentielle de croire en cet après…lucidement.
Mais l’après n’est pas évident. Il n’est question ni de retour à son état initial, ni d’oubli, mais de croissance, de connaissance de soi et des autres. Tout comme il est question de séparation et de réparation, de rupture et de continuité, de fragilité et de vulnérabilité.

Durant ces presque deux heures, il est question d’emprise, de violences et de prises de conscience. Il est question de souffrances, de traumatisme et de dissociation. Il est question de vie, et question de mort, de maladie et de guérison.
Il est question du soin qu’est l’écoute, d’accueillir ce qui est dit, de pouvoir, de vouloir, et d’être.
Il est question également de résilience.

Principalement, il est question de comprendre ce qu’est le ressentiment, en quoi il nous attache et nous retient, empêchant toute construction, tout détachement. Le ressentiment est un maillon d’un lien qui nous maintient dans un passé dont nous cherchons à nous libérer. Est-il nécessaire ? Doit-il être dit ou tu ?
Et, en continuité, doit-on l’accepter ou le fuir ? Que dit-il de nous, que dit-il de notre lien à l’autre, de notre regard sur l’autre, de notre besoin de l’autre ?

Une rencontre à retrouver ici : APRÈS LE RESSENTIMENT – FIL DE MÉMOIRES

Cynthia Fleury est une philosophe et une psychanalyste française. Elle dirige la chaire de philosophie à l’hôpital Sainte-Anne du GHU Paris psychiatrie et neurosciences et est membre du conseil d’administration de l’ONG Santé Diabète.
Elle est l’auteure, entre autres, de Ci-gît l’amer – Guérir du ressentiment, Gallimard, 2020
« il existe ce moment où savoir ne suffit pas à guérir, à calmer, à apaiser. Pour cela, il faut dépasser la peine, la colère, le deuil, le renoncement et, de façon plus exemplaire, le ressentiment, cette amertume qui peut avoir notre peau alors même que nous pourrions découvrir son goût subtil et libérateur. « 

Virginie Megglé est psychanalyste spécialisée dans les dépendances affectives et les troubles de l’enfance et de l’adolescence. Sa pratique s’étend aux constellations familiales, à la psychanalyse transgénérationnelle et à la psychosomatique. Auteur de plusieurs ouvrages, elle est également fondatrice de l’association et du site Psychanalyse en mouvement.
Son dernier ouvrage, Étonnante fragilité, est paru aux éditions Eyrolles en 2019. L’auteure nous montre ce qu’il advient lorsqu’on abandonne les relations de dominations stériles, les mécanismes de défense qui nous éloignent de nous et des autres. Elle prend le temps de nous laisser contacter cette fragilité et nous permet de nous rendre à l’évidence de ce qui nous constitue tous et chacun en tant qu’humain. Elle nous parle de l’enfance, de l’adolescence, elle nous raconte les fragilités, et donc les talents, d’artistes et personnages célèbres qui continuent de nous émouvoir parce qu’avec courage et obstination ils n’ont pas renoncé à leur sensibilité.

Lise Marzouk est maître de conférence en littérature comparée. Elle est l’auteure de Si, Gallimard, 2018. Elle y fait le récit de l’année passée au chevet de son fils de dix ans, à l’Institut Curie, alors qu’il est atteint d’un cancer – un lymphome. Elle relate chronologiquement les étapes de ce combat mené en famille, la nécessité de maintenir un semblant de vie quotidienne avec ses autres enfants, la recherche de la bonne distance – aimante mais jamais étouffante – avec son fils malade. « C’est donc cela avoir un enfant malade, se dit-elle. Mener une double vie, jongler entre l’ordinaire et l’extraordinaire, entre la normalité et l’anomie. Ironie de ce sort, c’est le quotidien qui devient secondaire, tandis que l’autre, l’intrus, le parasite, se fait central, lancinant et omnipotent, vampirisant l’espace physique, mental et social. »
« «Tu es assis sur une chaise de paille jaune, dans la cuisine. Tu viens d’avoir dix ans. Tu tiens la bouche grande ouverte et je l’explore.»
Tout commence ainsi, dans une cuisine. Une mère se trouve soudain confrontée au cancer de son fils. Elle raconte. L’attente et le combat, la peur, les doutes, la folie qui la guette parfois ; mais aussi le rire, la tendresse, le désir, tout ce qui de l’humanité, en elle, à chaque instant résiste. Peu à peu les mots prennent le pas sur l’épreuve. »

Anne-Laure Buffet est thérapeute, conférencière et auteure, entre autres de Ces séparations qui nous font grandir, Eyrolles, 2020. Elle y explore toutes les séparations que la vie amène à traverser, de la naissance à la mort, de la rupture au deuil, qu’ils soient réels ou symboliques.
« Tout au long de la vie, des ruptures, subies, désirées ou inconscientes, viennent imprimer leur marque sur l’histoire émotionnelle de chacun, induisant des changements symboliques et remettant en question les repères familiers ainsi que la quiétude psychique. L’auteure montre que ces événements peuvent être compris comme des étapes de transformation vers une existence affective plus autonome. »

Jeanne Orient, qui organise ces rencontres, entre autres, est l’auteure de L’accident de soi, L’Harmattan, 2011. Jeanne a 39 ans. Elle va partir pour Venise. Les valises sont pleines de froufrous des courtisanes. Elle a encore le temps de passer une mammographie de routine. Dans le noir et blanc du cliché dort un cancer. Il faut défaire les valises, jeter les froufrous, jeter un sein encore conquérant. Puis Jeanne va mieux. Elle rentre en rémission. Elle reprend sa vie. Mais dans le trou du sein perdu, Jeanne devient double…

Jeanne Orient est Conseil en communication culturelle et stratégique. Productrice et réalisatrice des Fils de MémoireS de Jeanne Orient©️ et des Rendez-vous de Jeanne©️


Un livre sur la maladie, le cancer, la perte et la reconstruction.

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