L’addition s’il vous plaît

L’addition s’il vous plaît

Vivre et quitter une personne toxique a un coût. La facture est considérable.

  • Mouchoirs (innombrables)
  • Heures passées à attendre, à anticiper, à imaginer le pire, à espérer le meilleur, à reconstituer l’histoire, à tenter de donner un sens à cette histoire ; heures perdues à trembler
  • Famille, amis, proches, travail, activités perdus de vue, arrêtés. ceux qui fuient quand la parole se libère, conscients de ne rien pouvoir faire et trop lâches pour assumer
  • Appels aux avocats, aux thérapeutes. Les rendez-vous, les minutes et parfois les heures dans les salles d’attente, les trajets la peur au ventre d’entendre qu’on ne peut rien pour vous, que c’est (peut-être) votre faute, que « ça va aller mieux maintenant », qu’il faut du temps, que « vous êtes sûr.e ? », que « un enfant n’est pas victime, il est témoin », que « vous croyez votre enfant ? »…
    Ces heures de remise en cause, de questionnements culpabilisants, de doutes qui ne cessent de grossir
  • Médicaments, traitements, plantes, hypnose, méditation, formation pour combattre et lutter contre la migraine, contre l’insomnie, contre l’anxiété, contre toute somatisation, jusqu’aux plus graves, aux plus handicapantes. Contre les envies suicidaires, contre la peur de demain, contre la peur d’hier, contre l’isolement
  • Temps passé à se dire : « Pourquoi ? », « Qu’est-ce que j’ai fait ? », « Et s’il avait raison ? »
  • Tribunal ; dossiers à constituer, photocopies à faire, accusés de réception à envoyer, à aller chercher, convocations sans raison, les convocations auxquelles il faut se présenter sans paniquer, reports, incidents de procédures, délais, ajournements, urgences qui n’en sont pas, demandes sans réponses…
  • Jours d’insultes et nuits de cauchemars. Et les marques sur le visage, celles du temps, celles de la peur, celles des coups qui ne s’effacent plus. Perte d’un travail, difficulté voire impossibilité d’en chercher un autre ; la certitude d’être incompétent.e, nul.le, invalidé.e
  • Déménagement ; un quotidien à rebâtir, sans pouvoir imaginer de quoi chaque jour sera fait, de quoi le réfrigérateur sera rempli, et comment l’électricité sera payée
  • Téléphone, mails, textos… Les minutes, encore, à réfléchir avant de décrocher, avant de répondre, sans pleurer, sans trembler. Les numéros bloqués et les juges qui en déduisent un refus de communiquer. Et c’est la faute. Vous ne parlez pas à l’ex conjoint violent ? Vous voulez l’éloigner des enfants. Vous ne communiquez pas avec lui ? Vous voulez l’éloigner des enfants. Vous transmettez toutes les informations demandées ? Vous le harcelez. Vous communiquez toujours trop ou trop peu et si vous ne communiquez plus, vous êtes « aliénant.e »
  • Vacances gâchées, vacances reportées, vacances annulées. Le repos impossible à trouver tant l’estomac est noué, l’esprit préoccupé. L’emploi du temps sans cesse bousculé par « l’autre », et la victime qui se met à dépendre de ses ordres, contre-ordres, exigences, urgences, accusations, le plus souvent orchestrés autour des enfants
  • Expertises sociales et psychologiques, MIJE, AEMO
  • Professionnels mal informés, mal préparés, auxquels il faut raconter, en pensant perdre encore du temps. Qui vont écouter distraitement, remettre en cause, demander des explications
  • Enfants à consoler, à protéger, à rassurer, à soigner, à gâter, à retrouver
  • Le temps, toujours le temps, qui file entre vos doigts, jusqu’au jour où il n’y a plus de temps

… et les honoraires des avocats qui tombent ; les ordonnances des médecins qu’il faut régler ; les assurances qui ne couvrent rien, et surtout pas le temps perdu à essayer de vivre…

Et ne vous y trompez pas : les personnes manipulatrices et/ ou avec trouble de la personnalité narcissique savent ce qu’elles font. Ce qu’elles sont obligées de donner d’une main, elles vont tout faire pour le reprendre de l’autre. Quand elles n’ont pas mis un tel contrôle en amont que la victime est déjà privée de toute ressource.

La violence psychologique comporte toujours de la violence économique. Beaucoup de victimes se retrouvent sans emploi, sans revenu. Ou elles travaillent avec leur bourreau, pour leur bourreau. Sans être déclarées. Sans reconnaissance sociale et fiscale, sans déclaration à fournir, alors qu’il va leur être demandé un salaire, des revenus, des cautions bancaires… Dépendantes financièrement de leur persécuteur, elles n’ont pas la possibilité de quitter le logement familial. Ce logement peut être un bien commun, et les victimes savent qu’elles vont devoir se battre juridiquement pour obtenir la part qui leur revient. Isolées, elles n’ont pas toujours la possibilité de se réfugier dans leur famille ou chez des amis. Si elles le font, c’est pour un temps court. Déjà contraintes par la peur de partir, elles se sentent d’autant plus prisonnières qu’elles n’ont pas les moyens de partir.

Il faut parler également des enfants, adolescents, jeunes adultes, étudiants, qui n’ont pas les moyens de se loger, de régler le coût de leurs études, de leur quotidien. Qui restent sous l’emprise d’un père – ou d’une mère – manipulateur, en espérant que « ça va s’arranger » quand ils auront enfin un travail. Un travail qui ne leur plaira pas, s’ils en trouvent un, mais qu’ils accepteront pour un salaire aussi maigre soit-il, pour fuir. Il s’agit également de ces enfants devenus adultes, encore pris dans un schéma violent où se mêlent culpabilité face à un parent âgé et honte d’une enfance maltraitante, et se retrouvent spoliés, déshérités.
Alors, certes, la victime finit toujours par payer l’addition. Mais qui règle ensuite ce que chaque victime pourrait demander en indemnité ?

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

FAMILLE JE VOUS AIME, JE VOUS HAIS

COMMENT FAIRE FACE À DES MÈRES MALTRAITANTES ?
EMISSION DE RADIO NOTRE-DAME, 26 MARS 2019

Inconcevable pour certains à entendre, quoi qu’on puisse penser, des mères ont pu être et sont maltraitantes ! Violence psychologiques, fléau invisible, mais aussi parfois violences physiques, il serait bien légitime de trouver une cause aux comportements inappropriés de certaines mères. Cette maltraitance est un véritable traumatisme pour les enfants qui peut se prolonger jusque dans leur vie d’adulte toujours en quête d’amour ou d’un geste de reconnaissance de leur existence comme enfant.  Alors comment comprendre et guérir de ces liens toxiques ?  Ces mères peuvent-elles changer ?

COMMENT SORTIR DES LIENS TOXIQUES FAMILIAUX ?
EMISSION DU 13 JUIN 2019

Martine Brousse, auteur du livre « Enfants maltraités », aux éditions du Cherche Midi (co-écrit avec Carole Bouquet) ;  elle a créé en 1981 la fédération La Voix de l’enfant, qui a pour but « l’écoute et la défense de tout enfant en détresse quel qu’il soit et où qu’il soit », qui est un ensemble de 80 associations intervenant dans 101 pays.

Anne-Laure Buffet : thérapeute, formée à la PNL et à l’Analyse Transactionnelle, conférencière et écrivain. Dans sa pratique professionnelle, elle accompagne des victimes de violences psychologiques, adultes et adolescents.

Tristan Moir, Psychanalyste Onirologue auteur du dictionnaire des rêves

Podcast : LE CHAGRIN D’AMITIÉ

EMISSION FRANCE INTER, DOROTHÉE BARBA, 23 JUILLET 2020

Anne-Laure Buffet  : « La relation amicale est une forme de relation amoureuse, justement parce qu’on se projette dans la relation. Il y a autre chose : 

en amour, on va d’une certaine manière moins se livrer qu’en amitié.

Avec nos amis, particulièrement les amis d’enfance, on a ce sentiment qu’ils savent tout de nous et qu’on peut tout leur dire… Et ça va au-delà de ça : ils vont forcément tout nous pardonner puisque ce sont nos amis ». 



RELATIONS TOXIQUES : COMMENT FAIRE LE TRI DANS SES AMIS ?

Emission de Flavie Flament – RTL, 13 février 2020

https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/relations-toxiques-comment-faire-le-tri-dans-ses-amis-7800047576

L’amitié est censée nous faire du bien, nous mettre en confiance, nous permettre les confidences, nous apporter du soutien, du partage, de l’écoute, des rires… Mais parfois, insidieusement, des relations que l’on pense amicales entrent en totale contradiction avec ces idéaux. Se pose alors la question de la manière dont on peut se sortir de ce lien et c’est là que tout peut se compliquer… Une amitié peut-elle être toxique ? Comment s’en rendre compte ? Que faire quand on se sent mal malgré l’affect ?

LE SILENCE DES VICTIMES



RA : Croyez-vous au pervers narcissique ? 
ALB : Vous me demandez si j’y crois, comme on demande si l’on croit aux esprits, ou aux fantômes. Je ne crois pas au « pervers narcissique ». Il ne s’agit pas d’y croire. Il s’agit d’affirmer qu’il existe une part de la population, que l’on appelle « pervers.e narcissique » depuis que Racamier l’a dénommée ainsi, qui se trouve dysfonctionnelle, destructrice, maltraitante, malveillante. Cette « catégorie » de personnes représenterait 2% de la population. Je ne sais pas comment les statistiques sont faites, et je vois mal des enquêtes et sondages possibles : un ou une pervers narcissique ne se reconnaîtra jamais comme tel.le ; quant aux victimes, elles utilisent aujourd’hui volontiers ce terme, alors que l’on peut être victime de nombreuses personnalités toxiques, aux comportements différents, et qui ne sont pas pour autant des « PN ». Mais l’utilisation médiatique est si forte qu’il est presque impossible de trouver un autre qualificatif. Aussi, « pervers narcissique » rentre dans le langage usuel. J’y reconnais un avantage, c’est d’être moins vulgaire que de traiter qui que ce soit de « salaud ». Mais c’est fausser très souvent une réalité.
En réalité, je crois bien plus aux violences psychologiques, aux victimes de celles-ci, à l’invisibilité des ces violences tout autant qu’à leur terribles conséquences, qu’à la nécessité de se battre pour savoir si le « PN » existe, et si tel individu est PN, ou jaloux, cruel, sociopathe…

RA : Le pervers narcissique serait donc particulier, à distinguer d’autres personnes maltraitantes. 
ALB : Oui. Tout comme un paranoïaque, un jaloux pathologique, un psycho-rigide… Ce sont des personnalités, des syndromes, des névroses ou des psychoses, des comportements différents. Le pervers narcissique « répond » à certains critères. Il met sa victime, quel que soit le contexte, sous emprise, en la dépersonnalisant, en la dénigrant, en la disqualifiant. Il est exempt de tout sentiment, mais il fonctionne sous l’impulsion de la colère et de l’envie. Il est extrêmement patient. Il faut souvent des années pour que la victime comprenne à qui elle a affaire. Il procède par répétition, récurrence, sans pour autant faire preuve de violence verbale ou physique tangible : il est sournois, perfide, insidieux, séducteur, affable, mielleux ; il arrive en « sauveur » dans la vie de sa proie, il se l’accapare, il la grignote lentement, et la laisse à terre, sans qu’elle ne puisse se rendre compte de ce qu’il se passe. Il envie le pouvoir, la puissance. Il agit toujours dans un huis-clos qui isole sa victime et l’empêche à la fois de réaliser, et de communiquer.

RA : Aujourd’hui beaucoup de victimes se disent victimes de PN. Qu’en pensez-vous ? 
ALB : Comme je vous l’ai dit, c’est un terme devenu commun. Ne sachant comment qualifier celui ou celle qui fait preuve de violence psychologique, les victimes parlent de PN. Certaines sont bien victimes de pervers narcissiques, d’autres luttent contre une autre forme de personnalité maltraitante. Ce qui compte pour moi n’est pas tant de qualifier l’agresseur de pervers narcissique, ou d’autre chose. Ce qui compte c’est comment, et jusqu’à quel point, il a été toxique pour sa victime ; et c’est d’accompagner cette victime lorsqu’elle cherche à s’en sortir et se reconstruire. Je ne combats pas bille en tête contre les pervers narcissiques et uniquement eux. Je suis du côté des victimes. Je suis là pour les entendre, les comprendre, les aider à reformuler, à analyser, à se distancier et se détacher de la violence vécue. Je suis là non pour catégoriser qui que ce soit, mais pour permettre à une personne en souffrance de sortir de cette souffrance et reconstruire son identité et sa personnalité.

RA : Si vous deviez remplacer pervers narcissique par un autre terme, que diriez-vous ? 
Le monstre. À l’apparence humaine, sans aucune humanité. Le vampire, qui ne supporte ni les miroirs ni la lumière, qui se nourrit en vidant sa victime de ce qui lui est essentiel. Le tyran mégalomane, sans morale, sans valeur, sans respect si ce n’est pour le pouvoir et la domination.
Mais aussi, le pas-grand-chose. Sans proie, sans victime, sans public, cet individu n’est rien qu’un pantin désarticulé et ridicule, grotesque.
Si nous avons tous besoin de rapports humains pour vivre, nous n’aspirons pas à détruire nos interlocuteurs, nos proches, notre entourage pour être. Le pervers narcissique n’aspire qu’à cela, la puissance et la destruction.

PARENTS TOXIQUES

Interview de Anne-Laure Buffet sur les Parents toxiques et les conséquences sur les enfants.